Doxa


  1. nomenclature : ensemble vocal mixte (3 sopranos, 3 altos, 3 ténors, 3 basses), grand choeur mixte

  2. 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes en sib, 2 bassons

  3. 2 cors, 2 trompettes en ut, 2 trombones, tuba

  4. 4 percussions, 2 harpes

  5. texte : extrait de la 3e partie du Poème de Parménide (VIe s. av. J.C.)

  6. durée : 45’

  7. création : 28 avril 1997• Centre Georges Pompidou (Paris) • ensemble vocal Soli-Tutti, chœur de Saint-Denis, chœurs et        

                   ensemble vocal des étudiants de Champagne-Ardenne • ensemble instrumental Futurs-Musiques •

  1.                   • Denis Gautheyrie, direction     

  2. commanditaire : Université Paris VIII

  3. dédicace : à Denis Gautheyrie, à Soli-Tutti / Futurs-Musiques

  4. éditeur : Éditions Musicales Européennes (E.M.E.)

  5. texte de présentation

    Le cycle To On

    Doxa pour ensemble vocal, grand choeur et orchestre, est la troisième et dernière partie du cycle vocal et instrumental To On sur le Poème de Parménide (VIe s. av. J.C.).

    Les deux premières parties du cycle sont Dikê pour quatre voix de basse et huit instruments, et Aléthêia pour soprano et douze instruments.

    Dikê a été créé en juin 1994 en l’église Saint-Julien-le-Pauvre par les ensembles Soli-Tutti et Futurs-Musiques sous la direction de Denis Gautheyrie, et Aléthêia en mai 1995 au Centre Georges Pompidou par la soprano Isabel Soccoja et l’ensemble 2e2m sous la direction de Michel Fusté-Lambezat.

    Dikê, Aléthêia et Doxa correspondent respectivement aux trois parties du Poème de Parménide : Proème, De la vérité sur l’être, De l’apparaître.

    Dans Dikê, le poète-philosophe est présenté à la Déesse Dikê qui l’exhorte à ne pas suivre le chemin commun des mortels, c’est-à-dire celui de l’opinion.

    Aléthêia est la révélation au poète, par la divinité, de la doctrine de certitude et de sagesse : « être est et non-être n’est pas ».

    Dans Doxa, la Déesse révèle ensuite quelles sont les choses que les mortels ont en vue, ce qui relève de la doxa, c’est-à-dire du monde de l’apparaître.

    Parménide d’Elée

    « De la vie de l’Eléate, on ne connaît que quelques détails ; à peine peut-on lui assigner des dates sur les témoignages souvent contradictoires de Platon, Diogène Laërce, Plutarque ou Strabon.

    Parménide, fils de Pyrès, né vers 544-541 suivit vraisemblablement les leçons du vieux Xénophane et d’un certain Ameinas, pythagoricien. Il est à Elée encore vers 504 et ensuite avec Zénon, à Athènes. Il y combat la philosophie des Ioniens. Il s’occupa de dialectique et c’est lui, dit-on, qui trouva l’argument d’Achille « immobile à grand pas ». Il aurait été législateur d’Elée sa ville natale où sa famille, d’ailleurs, était des plus considérées. De son poème Sur la nature ne nous sont parvenus que cent cinquante vers environ. »

    (Yves Battistini, Trois présocratiques : Héraclite, Parménide, Empédocle, Gallimard, 1968)

    Poésie, philosophie, musique

    Plus que le sens philosophique du Poème de Parménide, qui ne se révèle que difficilement et sur lequel Heidegger lui-même semble avoir buté, c’est la force de son expression poétique qui m’a tout d’abord fasciné. Paradoxalement, ce qui constitue sans doute le premier texte matérialiste est tout entier placé sous le signe de la métaphore et du mythe. Et, plus on avance dans le Poème, plus l’expression poétique s’efface au profit d’un discours d’ordre davantage rationnel correspondant au déploiement progressif de la vérité de l’être.

    Pour son caractère poétique, j’ai conservé intégralement le texte du Proème dans Dikê. En revanche, dans Aléthêia, seuls les huit premiers vers de la seconde partie du Poème ont été conservés. Les autres, qui en sont un commentaire, m’ont paru impossible à mettre en musique. D’où, en raison de la rareté du texte, une écriture vocale très mélismatique. Dans Doxa, le texte de la troisième partie du Poème est utilisé intégralement à l’exception de trois strophes qui ne sont pas chantées mais dont la rythmique est exprimée à l’orchestre.

    Voix et instruments

    Dikê et Aléthêia ont des effectifs vocaux et instrumentaux différents (voix de basses et instruments à vent dans un cas, soprano et instruments à cordes dans l’autre) qui se rejoignent dans Doxa, lequel utilise deux choeurs et un orchestre symphonique.

    L’ensemble des trois pièces est cependant parcouru d’un bout à l’autre par un groupe instrumental résonant, une sorte de « gamelan », composé de deux vibraphones dans Dikê et qui s’amplifie progressivement dans les deux autres pièces : deux vibraphones et deux harpes dans Aléthêia ; deux vibraphones, deux harpes et deux marimbas dans Doxa. Outre la continuité instrumentale qu’il assure entre des pièces aux effectifs vocaux et instrumentaux différents, ce « gamelan » a une fonction harmonique et structurelle essentielle.

    Les anciens et nous...

    To On s’inspire non pas de l’antiquité grecque mais de la vision qu’en ont eue les modernes depuis la Renaissance. A une époque encore marquée par la pensée avant-gardiste, néo-classicisme et académisme ont toujours exercé sur moi une étrange fascination.

    J’aime l’aspect compassé et figé, tout extérieur, d’une oeuvre comme Oedipus Rex de Stravinsky. S’il s’agit là d’un jeu avec l’Histoire, il s’agit alors dans To On d’un jeu avec l’histoire de l’Histoire. En ce sens, on peut considérer cette oeuvre comme une oeuvre néo-néo-classique...

    François Narboni



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