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‣ nomenclature : 2 violons, alto, violoncelle
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‣ durée : 35’
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‣ création : 15 mai 2005 • Église Saint-Laurent (Marseille) • festival Les Musiques • quatuor Diotima
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‣ commanditaire : Ministère de la Culture et de la Communication (Commande d’État)
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‣ dédicace : “à Raphaël de Vivo”
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‣ éditeur : Éditions Musicales Européennes (E.M.E.)
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‣ filmographie : La Plaisanterie de Benjamin Silvestre, sur une idée de François Narboni • prod. La Compagnie des Indes
texte de présentation
"...nouveau et particulier..." : le sous-titre de mon Premier quatuor à cordes fait allusion à une formule fameuse de Joseph Haydn concernant ses propres Quatuors à cordes opus 33. Voici ce qu’il écrivait fin 1781 à d'éventuels souscripteurs de l’œuvre récemment achevée :
« Mes tout nouveaux a quadro pour deux violons, alto et violoncelle concertante (…) sont d’un genre tout à fait nouveau et particulier, car je n’en ai pas écrit depuis dix ans. »
L'expression « d’un genre tout à fait nouveau et particulier » a depuis fait couler beaucoup d’encre musicologique. Là où certains n’y ont vu qu'une habile formule commerciale, d’autres, la prenant au pied de la lettre, ont insisté sur le caractère novateur de l’œuvre.
Dans le finale du quatuor n°2 du cycle, celui en mi bémol majeur intitulé "La Plaisanterie", on entend à la fin le refrain revenir une dernière fois entrecoupé de silences. Entre chacun des différents motifs de ce thème vient d’abord s’insérer un silence de durée égale ; puis, un silence quatre fois plus long – laissant l'auditeur en suspens – avant que le dernier motif, donnant l’impression de venir de très loin, ne se fasse entendre dans une nuance infime.Cette disparition progressive du thème, si elle fut considérée par les contemporains de Haydn comme un trait d’humour, une « plaisanterie », n'en revêt pas moins un fort potentiel d’étrangeté par le sentiment de dislocation qu’elle provoque. Cette démarche de contestation, de brisure de la phrase classique s’avère futuriste et ces quelques mesures, aussi bien par le caractère paradoxale de l’impression produite que par la technique d’écriture mise en œuvre - un processus rythmique basé sur les rapports de durées entre les sons et les silences - m'ont souvent accompagné, consciemment ou pas, dans mon propre travail. J'ai toujours considéré l'Opus 33 n° 2 comme un modèle d'intelligence musicale mêlant concision thématique et prolifération du matériau, ton d'allure populaire et écriture complexe et variée.
Aussi, quand j'ai commencé mon premier quatuor, celui de Haydn, ne cessant d'occuper mon esprit, a fini par servir de base à son élaboration. Ainsi, la durée des six mouvements de mon quatuor est-elle calculée proportionnellement à celle des quatre mouvements du quatuor de Haydn. Il en va de même pour le tempo et le mètre. Et l'on retrouve, dans les mouvements II et VI de mon quatuor, une formule rythmique tirée des mouvements correspondants de Haydn.
Mais, davantage que des éléments d'ordre formel, c'est surtout un certain état d'esprit qui relie les deux œuvres : une idée d’apparence simple, voire banale, se présente, investie d’emblée d’une tension particulière. Celle-ci éclate alors en un champ de forces contradictoires, en un conflit dont la pleine manifestation et éventuellement la résolution sont l’œuvre même : son contenu et son déroulement.
Le quatuor de Haydn agit sur le mien surtout comme un stimulant intellectuel et physique. Sa présence y est diffuse et filtrée, acceptée mais toujours contournée. Il ne s'agit pas d'un exercice de style, mais d'une réflexion sur le style par la confrontation avec une œuvre nourricière. A plus de deux siècles de distance, mon quatuor à cordes cherche à refléter en le diffractant l'esprit de "La Plaisanterie" de Haydn.
Les mouvements I, III et V sont de courtes pièces au caractère bruité. Ils utilisent des techniques de cordes spéciales - mises en résonance dans l’espace par l’électronique en temps réel - qui leur confèrent un aspect visuel, presque théâtral.
Les mouvement II et IV, beaucoup plus développés, sont purement acoustiques. Ils sont écrits durchkomponiert sous la forme d’un enchaînement libre de processus implacables.
Le sixième et dernier mouvement, le plus long, est une mélodie circulaire, une boucle infinie déployée dans le temps par les instruments en relais. Le film de Benjamin Silvestre, projeté simultanément, s'intitule La Plaisanterie. C'est, à partir d'une captation des musiciens du quatuor Diotima en train de jouer à la fois le finale de mon quatuor et de celui de Haydn, un montage libre d'images nous menant au cœur même du quatuor à cordes.
François Narboni
Quatuor Diotima